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TiDLYS
Spectacle en chantier
Tidlys est un spectacle clown poétique, Tidlys est le seul et unique personnage de ce spectacle mais c'est d'abord un travail d'écriture, la découverte de mon utilisation des mots.
Des mots pris comme des touches de couleurs pour un tableau mais aussi comme des sons pour une balade mélodique. La poésie puis les courtes histoires ont été les premiers supports pour apprivoiser ce qui serait mon style. Une fois mon nouveau costume d'expression monté et ajusté à mon corps et à sa danse, je suis sortie à la rencontre d'un public... et je suis rentrée chargée d'une surprise : mon costume n'était pas fait de papier noirci de mots mais une langue aux accents étrangers. Je pouvais faire voyager mon public dans ces contrées en les guidant par ma voix bien mieux qu'en le laissant lire. Ce nouveau matériau n'était qu'à moitié maîtrisé. Mes mots avaient besoin de ma voix... Je crois qu'on se rapproche là... du théâtre. L'écriture n'était-elle donc que la part submergée de l'iceberg ? Tidlys n'était pas née mais je crois qu'elle fût conçue à ce moment-là. Je reprenais alors tous mes poèmes, les apprenais par cœur pour qu'ils battent leur rythme sur ma langue. Bien sûr, mes poèmes et textes ont le lien de leur auteur, mais rapidement mon cœur et mon souffle ont sauté, tressauté d'un rythme à un autre et le cardiogramme s'est mis à hurler à la schizophrénie. Comme avec des cubes, j'ai assemblé réassemblé mes poèmes jusqu'à trouver un voix commune, une direction et... un corps : Tidlys. J'ai alors tout jeté, je n'ai pas voulu voir en ce nouveau-né, le nez de maman ou les yeux de tonton. J'ai laissé ce personnage grandir et explorer le monde en se servant de mon corps et de ses expériences et j'ai écrit à nouveau, écrit comme on filme. Quelle magie que les images qui sortent quand on filme quelqu’un qui n'existe pas !

Extrait d'une scènette du spectacle envisagé en film
Musique et texte de la scènette
TiDLYS
Extrait d'une version film :
Les mouchoirs des sans papiers
Story board de la scènette


L’époque : 15ème siècle (Elle est née au 15ème mais le spectacle se déroule aujourd’hui, elle n' a encore jamais rencontré la mort)
Lieux : Mende, Lozère
Fréhal Rochemont : Le père de Tidlys est un compagnon ébéniste dans le village de Mende en Lozère. Un compagnon ébéniste succédant dans le métier à une longue corporation d'ouvrier du bois. Il est en fait ouvrier artisan dans un petite atelier de Rodez qui répond aux commandes de travaux subalternes pour l’église. Il travaille dur, est consciencieux et possède une grande technique qui ne sert pas franchement et, bien que ce ne soit plus visible, il aime son travail. C’est un homme simple et franc de vie et d’amour, mais il est très fatigué et presque éteint. Il est usé par la tâche et étant d’un caractère trop transparent, on ne le voit plus derrière la fatigue.
La mère Misandre : Elle est tapissière dans un grand atelier où le travail est déjà morcelé et n’exprime pas les qualités techniques que cette femme a acquises durant son séjour au couvent-école de la région. Elle est, elle aussi, fatiguée et éteinte et son amour est bien trop tendre pour percer derrière la rudesse de leur vie. Il est là, mais n’est plus visible.
Leur couple : Le couple peut être dessiné en quelques coups de crayons : c’est un mariage d’amour, même s’il est vrai que cet amour n’a été que le glissement d’une relation de cousins, nés voisins, à une amitié d’évidence, pour continuer tout aussi certainement par une union maritale. Le couple n’a eu qu’un enfant et assez tard pour l’époque. Se connaissant, se côtoyant depuis toujours, le désir qui naît des trous dans les relations n’avait pas vu le jour, et l’inévitable ne suffisait pas à la naissance de cet enfant. Et comme c’est du plus profond des parents que se nourrit l’enfant graine, Tidlys, goutte à goutte, trouva la ressource nécessaire à son apparition dans les corps de Fréhal et Misandre.
Tidlys de 0 à 8 : Misandre a repris le travail à l’atelier dès les 6 mois
de Tidlys (Tidlys : nom emprunté à un ami d’étude qui à marqué son père. C’était un homme de passage, venant de Norvège, entièrement libre et totalement consacré à l’art du bois. Il voulait apprendre les différentes techniques d’Europe et déborda même pour s’aventurer en Perse). Tidlys a été élevée avec les autres enfants des tapissières dans l’atelier de sa mère. Les femmes se relayaient pour prendre soin des plus petits pendant que les plus grands (dès 3 ans) aidaient aux petites besognes. Tidlys avait hérité de l’amour profond pour les beautés de vie, cachées en toute chose, amour passionné enfermé dans le cœur de ses parents et qu’elle était maintenant seule à exprimer. Jusqu’à ses 8 ans, Tidlys n’est que 2 grands yeux lumineux qui éclairent toutes les petites choses qu’elle rencontre. Des morceaux de fil, leurs couleurs et leurs matières, les rangées de pelotes, les métiers à tisser, vides ou enfilés, les détails de mécanique, les gestes habiles des tisserandes. Les femmes de l’atelier l’aiment pour sa curiosité avide, d’autant qu’avec ce regard passionné, elle devient rapidement habile elle aussi et donc très utile. Mais contentant par elle-même son plaisir et ses occupations, il n’y a pas de place pour qu’on s’occupe d’elle, pas comme avec les autres enfants qui ont besoin de congénères pour grandir, que ce soit directement en demandant l’attention des adultes ou en bredouillant leurs premières relations entre enfants qui, elles aussi, demandent le soutient et les connaissances sociales de leurs mères. Oui, elle est appréciée pour ses qualités d’autonomie, mais du coup oubliée parce que toutes ces femmes sont comme Misandre, déjà surmenées. Elle est oubliée aussi parce que son comportement interroge par son originalité et que personne n’a le temps de se questionner. En vérité, personne ne se souvient avoir eut, ni vu, cet enthousiasme avide, et personne ne veut voir la poussière qui s’est accumulée sur leur passion d’antan et qui affadit leurs vies. Mais Tidlys n’a pas de poussière au bord des yeux et n’en a jamais eu. Elle ne peut donc concevoir que les autres ne voient pas ce qu’elle voit. Tout est encore beau et donne envie mais, sans y prêter attention, elle s’arrête plus facilement sur les objets et le travail qui à été fait que sur ses congénères. Elle n’est pas aveugle à leur couche de fatigue, plus grise encore que la couche de poussière sur un objet oublié. Elle voit aussi, grâce à l’amour reçu, la transparence de ses parents, mais ne prend pas le temps de gratter pour observer de plus près. C’est une enfant et elle va au plus simple. Et puis, même sans considérer les hommes, elle a déjà fort à s’occuper, d’autant qu’à partir de 6 ans, elle commence l’exploration de l’atelier de son père où elle peut désormais passer ses journées.
Tidlys de 8 à 15 ans : C’est à peu près vers 10 ans, qu’elle découvre,
sur une étagère de l’atelier où travaille son père, un objet enseveli de sciure. Comme à son habitude, elle ne le touche pas de suite. Elle aime jouer la traque et fait durer le plaisir de la découverte, en se forçant un temps à passer loin de sa proie, quitte à devoir changer les trajectoires qu’elle utilise pour servir ses tâches. Personne ne fait attention à son petit manège car, même si cela lui fait perdre du temps, elle en fait déjà gagner plus que n’importe quel autre enfant. Il se passe donc quelques jours avant qu’elle ne mette son nez dessus. Sans même avoir commencé l’opération de nettoyage révélatrice du beau, Tidlys perçoit comme un intérêt supérieur dans cet objet. D’abord ce n’était ni un outil ni une pièce de bois façonné comme elle en avait trouvé plein, eux aussi recouverts de sciure qui laissait envisager l’inutilité. Mais en les regardant de plus près et étant donné leur valeur d’outil ou de pièce ouvragée, elle avait pris le temps d’en déduire l’intérêt et de déduire également les raisons de leur abandon. Elle avait beaucoup appris de ces vieux objets les comparant à ceux toujours en service, et comprenant leur mise au placard. Grâce à eux, elle possédait des techniques et modes anciens que beaucoup d’artisans méconnaissaient. Mais ce morceaux de bois sortait du lot. Il n’avait ni tenon, ni mortaise pour le rattacher à un meuble, il sentait l’inutile sans que cela ne vienne de l’odeur de sciure. Et pour prouver que le cœur de son père n’avait pas totalement laissé mourir sa sensibilité au beau, il leva les yeux de son travail en direction de Tidlys, au moment même ou elle allait s’emparer de son butin et l’interpella, prétextant le besoin d’un service bidon. Tidlys, aimant planer dans le suspens, partit faire sa besogne, mais, arrivée près de Fréhal, celui-ci habituellement peu bavard, fut curieux de connaître l’objet de sa curiosité et lorsqu’il fut certain qu’elle s’était entichée de la sculpture, il lui demanda de sa voix calme mais cette fois teintée d’une autorité sans retour, de l’oublier. Cet ordre, car s’en était un, eut pour effet sur Tidlys de voir avec netteté l’épaisse couche de fatigue qui tuait tranquillement le cœur de son Fréhal. Elle vit que cette fatigue n’était pas une accumulation inerte, mais possédait une réelle intention d’agir, d’éteindre. Elle, naturellement encline à rendre service, sentit le rouge lui monter et se laissa envahir d’une âme guerrière, non pas contre son père, mais contre ce qui le rongeait. Elle prit donc Fréhal à partie contre ce cancer et lui demanda ce qui rendait cet objet si précieux à ses yeux pour qu’il le lui refuse. Tranquillement, il lui confia que c’était là ce que l’on appelle une œuvre de fin d’étude, qui permet de juger des acquis du futur compagnon. C’était d’ailleurs l’œuvre qu’il avait fournie pour pouvoir prétendre à une place dans cet atelier. Et puisqu’il y travaillait maintenant depuis plus de 15 ans, il n’était plus nécessaire d’apporter aucune preuve à la qualité de son travail. Puis il finit d’enfoncer le couteau dans la plaie naissante de Tidlys en soutenant qu’il y avait dans cette œuvre une dimension artistique demandée par les formateurs, qui n’était qu’une interprétation maladroite et orgueilleuse du beau, la traduction de son regard de jeune impétueux. Tidlys bloqua sur "le regard de jeune impétueux" ; c’était donc comme cela que son père nommait ce qu’elle voyait de plus beau et de plus authentique quand elle le regardait. C’était donc comme cela qu’il nommait ce qu’il lui avait offert, car c’est cette part de lui qu’elle cultivait et non sans fierté. Elle ne put s’empêcher de prendre ces mots pour elle, ou plutôt contre elle. Son père prenait le parti de la grise fatigue et piétinait ce qu’elle était, en même temps que ce qu’elle aimait en lui, en eux. Assommée par ce traître coup, elle perdit la première bataille en étant elle-même prise d’une grande lassitude et ne put rien faire d’autre que de répondre mécaniquement aux travaux qui lui étaient consignés ce jour-là. Au souper, la pilule n’étant toujours pas passée, elle ne put rien avaler. Son père semblait avoir oublié l’anecdote et ils se crurent attentionnés en lui permettant le lit et l’oisiveté pour le lendemain, ce qui à cette époque, était un cadeau rare. Cette bienveillance complètement à coté de son besoin, catapulta Tidlys très loin de toute ressemblance d’avec le commun des mortels. Tidlys se trouva ce soir-là orpheline, ses parents s’étaient éteints devant ses yeux. Et s’était éteinte avec eux, son acuité a percer le beau derrière les hommes. Elle n’avait jamais vraiment gratté de ce coté-ci du monde, mais elle n’avait jamais non plus douté qu’elle aurait plaisir à le faire un jour ou l’autre. Elle avait perdu le cœur des hommes dans les yeux des hommes simplement parce qu’il ne s’y trouvait plus. Mais elle savait où aller le chercher. Tidlys avait perdu ses parents mais était sortie vainqueur devant la force qui cherchait à fermer la lumière des regards. Et c’est avec un trou dans la poitrine, où à cause de ce trou, qu’elle partit cette nuit-là dans l’atelier d’ébénisterie et commit son premier larcin : il y avait dans le bois voisin, une bicoque construite par un vieil hurluberlu, mort depuis longtemps. C’était la planque parfaite pour une fille qui, elle non plus, ne se sentait plus de place parmi le monde. Ayant prémédité son méfait, Tidlys avait pris soin de partir avec une bougie et un tissu. Elle nettoya l’œuvre, assez rapidement cette fois, car elle en avait marre de patauger dans la poussière, et tourna doucement la pièce entre ses doigts. Elle reconnaissait les différentes moulures utilisées par les ébénistes, mais aucune n’était entière et on avait pris soin de les recenser toutes sur un seul bloc. La chose n’était jamais faite à l’atelier, si bien que cela pouvait passer pour une faute de goût, alors qu’en regardant l’œuvre on voyait au contraire comment chaque ligne caractéristique d’une moulure venait relever celle qu'elle précédait ou suivait. La jonction réfléchie qui les liait les une aux autres créait des volutes nouvelles d’une tonique que seule la confrontation des contraires pouvait accoucher. Le manque de place, la multitude de courbes, obligeait l’artisan à la précision, à la concision, réduisant les moulures à leur lignes les plus fortes ; Les veinures du bois devaient être, si ce n’est modelées, contrôlées.
Lieu : Dans sa cabane au milieu de tout
Epoque : Maintenant.
Voilà comment Tidlys s’est donné une mission : récupérer dans les actions des hommes, posées sur la matière, le cœur qu’ils y ont mis. Voilà comment une mission fait vivre et finalement, sans calcul, empêche de mourir et voilà comment Tidlys fête encore un anniversaire au 21ème siècle. Et c’est aujourd’hui qu’elle va révéler son grand cadeau, sa grande surprise : la relève est assurée !!!! Et c’est ce jour seul, pour et devant tous les hommes vivants dans le cœur de la matière, que Tidlys se joue ce soir, une dernière et joyeuse fois.